En bref
Socrates’ Garden est un verger d’agrumes de la vallée de Melanés, sur l’île de Naxos, racheté en 2020 après plus de cinq ans d’abandon. Son fondateur, Benjamin Cazeaux-Entremont, le transforme en forêt nourricière selon les principes de l’agriculture syntropique : des plantes étagées comme dans une forêt, qui se protègent, s’ombragent et se nourrissent les unes les autres. L’expérience est documentée comme un terrain de recherche, et financée en partie par la location d’une bergerie de pierre restaurée qui domine les terrasses.
Genèse
En 2020, le verger est un lieu que plus personne ne visite. Une quarantaine d’années plus tôt, on y avait planté des orangers, des mandariniers et des citronniers sur cinq terrasses, le long du vieux sentier qui relie le village de Kourounochori au hameau de Mili. Faute d’irrigation, les arbres dépérissent ; les ronces ont rendu l’accès difficile et dangereux.
Les années qui suivent sont celles du geste. Débroussaillage, arrachage des ronces et taille des agrumes en 2021. Construction d’un réservoir de 55 m³ et installation du goutte-à-goutte en 2022. Rénovation de l’ancienne bergerie en pierre en 2023, achevée en 2025 avec la taille des oliviers. Le verger est sauvé ; reste à le rendre capable de tenir seul face à un climat qui change.
Le verger en chiffres
- Surface : 3 563 m², relevé géomètre, sur cinq terrasses (T1 à T5), entre 140 et 152 m d’altitude.
- Arbres historiques : 133 sujets relevés un à un — 105 agrumes (85 orangers, 11 mandariniers, 9 citronniers) et 28 fruitiers (pruniers, néfliers, cerisiers, mûriers, grenadiers, un abricotier, un kaki) — auxquels s’ajoutent une vingtaine d’oliviers.
- Plantation 2026 : 939 plants de 35 taxons, soit une densité d’environ 2 600 plants par hectare.
- Biodiversité plantée : environ 41 taxons au total.
- Eau : réservoir de 55 m³, goutte-à-goutte depuis 2022, alimentation par un canal d’irrigation traditionnel ouvert tous les huit jours.
- Milieu : sol mince et karstique, climat méditerranéen insulaire semi-aride, exposition au meltem.
Le contexte. En Grèce, les précipitations annuelles ont reculé de 10 à 25 % entre 1951 et 2010. À Naxos, les totaux restent à peu près stables, mais les épisodes violents se multiplient et les périodes sèches s’allongent. La cartographie de l’île montre un basculement du risque d’érosion : 89 % de zones à faible risque en 1950–1970, environ 70 % de zones à haut risque depuis 1985. C’est à ce climat-là que le verger doit s’adapter.
Le projet syntropique
L’agriculture syntropique, développée au Brésil par Ernst Götsch, part d’une idée simple : une forêt ne s’arrose pas, ne se fertilise pas et ne se désherbe pas. Elle y parvient par la densité, l’étagement et la succession des espèces. Le verger de Naxos transpose ces principes à un milieu semi-aride.
- Stratification : quatre étages de végétation, du couvre-sol aux arbres émergents, pour occuper toute la lumière et créer un microclimat.
- Succession : des espèces pionnières qui préparent la place aux suivantes, comme dans une forêt qui se reconstitue.
- Densification : un sol toujours couvert, qui s’évapore moins et se désherbe seul.
- Biomasse : la taille régulière nourrit le sol et referme la boucle de fertilité.
- Coopération : fixateurs d’azote, plantes mellifères, brise-vent vivants — chaque espèce rend un service aux autres.
L’unité de base est un module de 12 mètres répété le long de rangs tracés sur les courbes de niveau : quatre agrumes historiques, deux arbres émergents, des fruitiers et un noyer, huit espèces de soutien et soixante couvre-sols. Des haies brise-vent multi-strates bordent la parcelle côté vent.
Une campagne soutenue
Fin 2025, le projet lance une campagne Kickstarter pour financer la préparation des sols, l’amélioration de l’irrigation, les rangs de culture, les brise-vent et la pépinière. Objectif : 9 300 €. Résultat à la clôture, le 31 décembre 2025 : près de 11 000 €, soit environ 117 % de l’objectif, apportés par 46 contributeurs dans 9 pays (France, États-Unis, Grèce, Belgique, Suisse, Suède, Canada, Géorgie, Chine).
Les contreparties font de chaque soutien un personnage du verger : 24 contributeurs ont reçu le droit de nommer un arbre d’après un personnage littéraire ou mythologique, avec une citation tirée de l’œuvre. Ces noms figureront sur la carte interactive du verger, sur le site et dans le livre annuel. Deux contributeurs ont choisi un séjour d’une semaine à la bergerie.
Mars 2026 : la grande plantation
En mars 2026, 939 plants de 35 taxons ont été mis en terre, pour un budget de 3 506 €.
| Strate | Plants | Espèces principales |
|---|---|---|
| Arbres climax et émergents | 34 | chêne vert, caroubier, pins d’Alep et maritime, jacaranda, palmier Washingtonia |
| Arbres de soutien et brise-vent | 70 | mûrier blanc, micocoulier, robinier, albizia, cyprès « Totem » et horizontal |
| Fruitiers (cultures cibles) | 25 | nectariniers, jujubiers, figuiers blancs |
| Arbustes de structure et haies | 135 | germandrée arbustive, phlomis, pérovskia, cistes, buplèvre, leucophyllum |
| Couvre-sols et aromatiques | 675 | thym, origan, lavandes, romarin, sauge, sarriette, santoline, immortelle, verveine citronnelle, stipa, armoise |
La strate climax est réalisée comme prévu, la strate de soutien renforcée. Les aromatiques — thym, lavande, romarin, sauge, immortelle — sont à la fois couvre-sol, plantes mellifères et matière première des futurs produits du verger.
Le laboratoire
Une régénération qu’on ne peut pas vérifier n’est qu’un récit. Dès l’origine, Socrates’ Garden s’est engagé à documenter ce que la méthode change, et à ouvrir ces données à d’autres projets.
Le verger se structure donc comme un terrain d’étude. Deux campagnes de terrain par an, de deux semaines chacune, en avril et en octobre, avec une première campagne en avril 2027 : l’« année zéro », l’état initial qui ne se refait jamais. Les indicateurs sont peu nombreux et toujours mesurés de la même façon aux mêmes points :
- Sol : matière organique et pH, vie du sol (vers de terre, test bêche), infiltration, décomposition (Tea Bag Index) ;
- Flore : inventaire de la flore spontanée, croissance de 15 à 20 arbres témoins ;
- Faune : pollinisateurs (protocole SPIPOLL), oiseaux (enregistrement acoustique BirdNET), arthropodes ;
- Paysage : points photo fixes.
Une zone « laboratoire » très diversifiée sert à tester de nouvelles espèces et à valider les schémas de plantation. Le verger s’ouvre à des étudiants de master et à des chercheurs en agroécologie et en agroforesterie, en Grèce, en France puis dans le reste de l’Europe, et se rapproche des réseaux d’expérimentation distribuée.
Deux résidences
La bergerie accueille, hors saison locative, deux résidences de deux semaines, avec hébergement offert :
- La résidence de terrain, pour un étudiant ou un chercheur qui conduit une campagne de mesures dans le cadre de son mémoire ou de ses travaux ;
- La résidence d’écriture, en partenariat avec La Chapelle Saint-Antoine, résidence d’artistes contemporains cofondée par Benjamin Cazeaux-Entremont. Un auteur y trouve deux semaines de silence, face à un verger qui change sous ses yeux.
La Bergerie : séjourner pour financer
Au-dessus des terrasses, l’ancienne bergerie de pierre a été restaurée entre 2023 et 2025 : murs de pierre sèche, chaux blanche, poutres peintes, lin et bois clair. 50 m² intérieurs, une chambre, une cuisine ouverte sur le séjour, une salle d’eau, et une terrasse de 40 m² qui regarde le verger. Elle accueille deux adultes et un enfant.
Le lieu se loue à la semaine : 900 € la semaine, 1 200 € en juillet et en août, ménage compris. Le bassin qu’on aperçoit sur les photos n’est pas une piscine : c’est le réservoir d’irrigation du verger, rempli tous les huit jours par le canal.
La location n’est pas un à-côté du projet : elle en est le moteur économique. Chaque semaine réservée finance le travail du verger — la plantation, la taille, l’eau, la patience.
Horizon 2027 : une marque de soins
À partir de 2027, les fruits et les plantes du verger deviennent la matière d’une marque de cosmétiques : hydrolats d’agrumes et d’aromatiques, baumes à l’huile d’olive et au miel, poudres et préparations issues des écorces. Des séries courtes, saisonnières, nommées d’après les personnages choisis par les soutiens de la campagne.
Horizon 2028 : le potager
En 2028, une fois l’ossature du verger structurée par les grandes tailles, le projet engage ses premières productions maraîchères, intégrées aux rangs syntropiques.
Calendrier
| Année | Étape |
|---|---|
| 2020 | Achat du verger, abandonné depuis plus de cinq ans |
| 2021 | Débroussaillage, taille des agrumes et des fruitiers |
| 2022 | Réservoir de 55 m³ et goutte-à-goutte |
| 2023 | Rénovation de la bergerie |
| 2025 | Taille des oliviers, fin de la bergerie ; campagne Kickstarter |
| Mars 2026 | Plantation de 939 plants de 35 taxons |
| Octobre 2026 | Ouverture du site et de la carte vivante du verger |
| Avril 2027 | Première campagne de terrain, l’année zéro |
| 2027 | Densification, première grande taille ; lancement de la marque de soins |
| 2028 | Taille structurelle, plantation des cultures cibles ; premières productions maraîchères |
Le fondateur
Benjamin Cazeaux-Entremont est diplômé en droit des affaires et formé à la réalisation de films documentaires. Auteur d’un roman, ancien rédacteur en chef de magazines culturels, il a cofondé La Chapelle Saint-Antoine, résidence d’artistes contemporains à Naxos. Socrates’ Garden est pour lui un projet d’écriture autant que d’agriculture : un lieu qui se raconte à mesure qu’il se transforme, et dont un livre annuel — carnet de bord, manuel de terrain et base de connaissance ouverte — gardera la trace.
Contact
Benjamin Cazeaux-Entremont — fondateur
Presse : presse@socratesgarden.org
Instagram : @socrates_garden
Site : socratesgarden.org
Photos haute définition disponibles sur demande.







